POURQUOI MANDRIN ?

Qui peut croire encore aujourd’hui que les Compagnons de Mandrin, n’étaient que 20 ou 30 comme le dit la chanson qui affabule depuis presque 3 siècles avec ses histoires de marchands habillés de blanc ?  Imaginez-vous des marchands, tous en blanc, à cheval, parcourant les routes poussiéreuses du Dauphiné… ?

Pourquoi la renommée de Mandrin, dit Belle Humeur, sorte de « Robin des Bois » français perdure-t-elle depuis si longtemps ?

Aujourd’hui encore des historiens, des romanciers, des metteurs en scène, s’intéressent à Mandrin, personnage mythique ; ils sont à la recherche de la vérité de cet homme qui reste encore très mystérieux.

Est-il vraiment ce farouche contrebandier le couteau entre les dents, les pistolets à la ceinture, prêt à occire tout ce qui fait obstacle à ses ventes de tabac, d’étoffes indiennes, et de livres protestants à travers les provinces françaises d’ un grand quart Sud Est de la France ? Portrait suranné, véhiculé surtout par nombre des premiers biographes stipendiés par la Ferme Générale. Alors qui était vraiment Mandrin et pourquoi a-t il reçu le surnom de Belle Humeur ?

Comment ce jeune marchand désespéré s’est il transformé en un meneur d’hommes d’une armée de 160 contrebandiers identifiés ? Libres comme l’air, rapides comme l’éclair ?

Comment est-il devenu si célèbre en moins de trois ans ? Pourquoi Voltaire s’est il intéressé à lui ?

Pourquoi, à la cour de Louis XV, le duc de Luynes pouvait assurer sans crainte : « Mandrin et sa bande mènent très loyalement leurs affaires même s’ils insistent pour être payés en liquide » ?

Les archives de Turin, jugées inutiles après l’annexion de la Savoie à la France, en 1860, ont été brûlées. De même, les archives de la Commission de Valence qui condamne Louis Mandrin sont elles parties en fumée dans l’incendie des Tuileries à Paris en 1871. De ce côté-là, le mystère reste entier ….

Cependant une piste nous est donnée par Corinne Townley. Elle a analysé les archives judiciaires du Sénat de Savoie où des centaines d’interrogatoires de détenus ou de témoins furent consignés. Son travail, édité comme un répertoire de 120 fiches policières mentionne cependant les noms de 158 personnalités différentes.

Dans ces fiches de police, on apprend peu de choses sur le seul Louis Mandrin, les témoignages fournis étant sujets à caution car souvent établis soit sous la torture (dite, par euphémisme, la question) soit par « achat » en échange d’une liberté appréciée.

En revanche on trouve beaucoup d’informations sur Claude Mandrin son frère plus jeune, lui aussi convaincu de crimes atroces. Mais à cette époque il faut savoir que passer le Guiers, de la Savoie vers la France, avec un kilo de sel ou de tabac dans ses poches équivaut à être coupable de crime atroce selon la terminologie de la Ferme Générale qui est tout à la fois, banque pour le Roi, perception des impôts indirects, et force de douanes.

Claude Mandrin, pourtant chargé de crimes beaucoup plus nombreux que ceux attribués à son frère aîné Louis, bénéficie en 1757, soit deux ans après la mort supposée de son frère aîné, d’un sauf conduit qui lui permet d’aller vivre libre et de couler des jours paisibles au Valais en Suisse…. C’est quand même très surprenant ! Qui donc est intervenu pour libérer le frère cadet ? Le mystère s’épaissit….

Michael Kwass dans son « Louis Mandrin, la mondialisation de la contrebande au siècle des lumières » ouvrage paru en 2016, relate la mort de Louis Mandrin à Valence en mai 1755. Il note que Mandrin est mort sans proférer un seul cri : c’est d’ailleurs ce que disent tous les biographes de Mandrin. Or Michael Kwass donne la description faite à la même époque d’un homme roué, transformé, par les coups qu’il reçoit, « en une sorte d’énorme pantin hurlant et couvert de ruisselets de sang… comme un monstre marin de chair à vif, visqueuse et informe, emplie d’échardes d’os brisés » !

Et Louis Mandrin, subissant le même supplice, ne dirait pas un seul mot et supporterait les plus grandes douleurs sans ouvrir la bouche ? Ses os craquent, il ne serait plus qu’une bouillie de chair rouge, sanguinolente et tout cela sans un seul cri ?

Cela paraît complètement incroyable ! Alors que s’est-il réellement passé ?

Voici une hypothèse plausible : Celui qui, depuis sa sortie de prison pieds nus, en chemise, porte un écriteau sur le dos « Chef des Contrebandiers, Criminels de Lèse-Majesté, Assassins, Voleurs et Perturbateurs du repos public » est bien Mandrin Belle Humeur accompagné de son confesseur Gasparini et entouré de gardes royaux. Mais ce n’est plus lui qui monte sur l’échafaud. On lui substitue un muet de naissance revêtu d’une même chemise blanche et portant la même pancarte sur son dos. Le cerveau est conditionné à voir et comprendre seulement ce qu’il s’attend à voir. D’où tous les tours des magiciens et illusionnistes qui font accroire ce qu’ils veulent au public.

Les spectateurs, venus voir l’exécution de Mandrin, voient un homme réputé être Mandrin sortir de prison en portant une pancarte sur son dos. Logiques, ils en déduisent que celui qui monte sur l’échafaud portant les mêmes vêtements et surtout la même pancarte est forcément Mandrin.

Cependant, Gasparini, et Louis Mandrin, pénètrent sous l’échafaud, pour, pense-t-on, le rituel de l’extrême onction. En réalité, il s’agit de transférer la pancarte du dos de Mandrin sur le dos d’un muet de naissance (coupable d’avoir occis toute sa famille dans un accès de folie meurtrière et qui, drogué, attend là, prostré et hébété). Ce tour de passe-passe s’est fait adroitement en quelques minutes sous l’échafaud entouré d’une tenture sombre. Evidemment de mèche avec les gardes royaux et le bourreau, Gasparini conduit le faux Mandrin mais vrai muet au supplice, tandis que le vrai Mandrin, revêtu d’un habit de moine s’en va tranquillement…

Qui donc a donné l’ordre à Gasparini et aux gardes royaux qui entourent Mandrin, de mettre en place cette substitution. ? Et pourquoi ? Que se cache-t-il derrière cette mise en scène ?

Cela va être le point de départ d’une nouvelle histoire romancée de Mandrin à découvrir bientôt l’ors d’une comédie spectacle : 

“Le Secret de Mandrin Belle Humeur”